questions d'éthique

0170-Marc Aurèle

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Il existe une belle page de Marc Aurèle. Elle est très réconfortante. On devrait la méditer chaque matin tel un exercice spirituel ou comme une prière païenne ! Lisons : « Dès l’aube, se dire avant tout : je vais tomber sur un gêneur, un ingrat, un insolent, un tricheur, un envieux, sur quelqu’un avec qui on ne peut traiter ; et s’ils sont victimes de tous ces vices, c’est par ignorance du bien et du mal ; mais puisque moi j’ai bien vu que la nature du bien c’est le beau, que la nature du mal c’est ce qui est honteux et que la nature de celui qui commet une faute est d’être mon parent [...] aucun d’entre eux ne peut me faire de mal ; personne en effet ne me prendra dans un piège honteux » (II.1). Ouvrons une parenthèse. D’autres traductions effectuent des variations sur la liste des fâcheux susceptibles d’être rencontrés chaque jour : celle d’Émile Bréhier : « un indiscret, un ingrat, un violent, un perfide, un arrogant » ; celle de Mario Meunier : « un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable » ; celle de Pierre Hadot : « un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste »... Où l’on constate qu’il s’agit juste de la liste des passions tristes dont les hommes sont capables... Ici untel, qui est le même homme, s’avère insolent, là il est violent, ailleurs il est brutal, c’est pourtant le même mot grec qui le qualifie... Fermons la parenthèse ! À côté ou en face de la souffrance physique de Mucius Scaevola, on remarque donc ces souffrances morales qui nous sont infligées par autrui. En passant, n’oublions pas que nous sommes l’autrui d’autrui qui nous intègre lui aussi comme indiscret, envieux, perfide, arrogant, etc. Ce qui devrait rendre sinon lucide, du moins modeste.