questions d'éthique

-0300-Le Stoïcisme

[edit] Epictète et la sagesse stoïcienne, Jean-Joël Duhot, Albin Michel, 2002.

L'époque hellenistique

-310 Zénon

Né à Chypre, dans la ville de Citium, vers -332, Zénon arrive à Athènes à vingt-deux ans, vers -310. Les sources s'accordent sur le fait qu'il faisait du commerce (de la pourpre de Phénicie). Pendant une dizaine d'années, il suit l'enseignement de trois courants issus de Socrate:

Il ouvre en 301 "L'école du portique".

Elle se trouve sous un portique d'Athènes appelé Portique peint [Poecile] (Stoa poikilé), d'où son nom de Stoa, dont nous ferons le stoïcisme. Zenon s'inscrit dans la lignée des principaux courants socratiques de sont temps. Entre l’élégance platonicienne et les provocations cyniques. Les stoïciens retiennent des cyniques le fait qu'une philosophie doit se centrer sur l'homme et l'exigence morale. Ils retiennent des aristotéliciens le travail intellectuel et scientifique. En fait il n'y a aucun élément dans la pensée du Portique qui ne se trouve déjà ailleurs. L'apport propre au Portique réside dans la synthèse qu'il en fait.

-263 Cléanthe

Sa pauvreté l'obligeait à travailler la nuit: ancien athlète, il avait gagné le nom de second Hercule. Il succède à Zénon après avoir été son élève pendant 19 ans et mourut à 99 ans.

-205 Chrysippe

L'oeuvre immense de Chrysippe a disparue.

L'époque romaine

Panétius de Rhodes, Posidonius.

050-Sénèque

Il est le premier auteur stoïcien dont l’œuvre, écrite en latin, nous soit parvenue. Ami de l'empereur et devenu immensément riche, Sénèque sera condamné au suicide par Néron. Il n"est pas à la hauteur de la philosophie qu'il enseigne, englué plus qu'il ne croit dans les rets du pouvoir et de l'argent.

Epictète

Esclave affranchi, son nom  (épiktétos) est un adjectif qui désigne ce qui est acquis en plus "celui qu'on vient d'acheter".

D'après une tradition ancienne, Epaphrodite se serait amusé à tordre la jambe de son esclave, qui lui aurait simplement dit qu'il allait la casser, et une fois la jambe cassée, le jeune philosophe se serait borné à constater, sans émotion, qu'il avait prévenu son maître.

La philosophie ne consiste pas à agencer de l'information, qu'il faudrait accumuler, vérifier et mettre en ordre, elle se réalise dans la manière de vivre.

Nous possédons de lui quatre livres d'entretiens et un manuel grâce à un de ses disciples.

Le Manuel réunit dans un volume réduit un ensemble de pensées destinées à être méditées à tout moment.

La conscience et la vie intérieure

Le stoïcisme requiert un travail sur soi qui s'effectue sur trois axes:

la discipline intellectuelle

C'est tout l'encyclopédisme de l'école, et notamment l'austère analyse des raisonnements, la logique, dans laquelle Épictète semble avoir parfois dû stimuler la motivation défaillante de ses élèves en les rudoyant un peu.

L'exigence physique

Musonius Rufus accordait beaucoup d'importance à la diététique du philosophe:

Il avait l'habitude de parler souvent de la nourriture, et avec beaucoup d'insistance. Il considérait en effet que la continence pour la nourriture et la boisson est le principe et la base de la sagesse. (Musonius, prédications, XVIII, 1-4.)

Les aliments s'inscrivent entre deux pôles, l'animal et le divin, selon le principe de la similitude: on tend vers ce qu'on assimile. La nourriture doit être la plus naturelle possible, de préférence crue. Suivre la nature est un principe essentiel du Portique.

Epictète préconise le jeûne comme exercice:

Exerce-toi parfois à vivre comme un malade, pour vivre un jour comme un bien portant. Jeûne, bois de l'eau; abstiens-toi une foi entièrement de désirer, pour avoir un jour des désirs conformes à la raison. (Entretiens, III, 13, 20-21)

Musonius explique aussi comment l'ascèse fortifie à la fois le corps et l'âme

Une partie de l'exercice devrait donc justement être propre à l'âme seule, et une autre, commune à l'âme et au corps. L'exercice commun aux deux consiste à s'habituer au froid, au chaud, à la soif, à la faim, à une nourriture frugale, à une couche dure, à s'abstenir de ce qui est agréable et à endurer ce qui est pénible. Grâce à ces méthodes et à d'autres du même ordre, le corps se fortifie, s'endurcit à la souffrance, devient solide et apte à tout travail, et l'âme se fortifie en s'entraînant au courage par le fait d'endurer des choses pénibles, et à la sagesse par le fait de s'abstenir de ce qui est agréable (Musonius, Prédications, VI, 5-7)

Le Portique ne rejette pas le corps; quand il s'exprime sévèrement à son égard, c'est pour le remettre à sa place: celle d'un instrument auquel il ne faut pas laisser les commandes. (Cléanthe est resté exemplaire).

L'entraînement de l'âme

Le discernement

Il consiste en un travail mental: on se met en imagination dans toute sorte de situations et s'exerce à avoir la bonne réaction.

De même que nous nous exerçons à répondre aux questions sophistiques, ainsi nous devrions nous exercer chaque jour à répondre aux représentations, car elles nous posent des questions elles aussi. (...) Si nous prenons cette habitude, nous progresserons: nous ne donnerons jamais notre assentiment à autre chose qu'à ce dont nous avons une représentation compréhensive. (Entretiens, III, 8, 1-4.)

C'est dans l'imaginaire que s'enracine la faute, il faut donc agir sur l'imaginaire, c'est-à-dire sur nos réactions aux phantasiai, à notre façon de percevoir le monde.

En quelque sorte, il faut s'entraîner mentalement à avoir en toute circonstance la "bonne réaction".

Voici le type d'entraînement qu'il faut absolument pratiquer. Dès l'aube, quand tu vois quelqu'un, quand tu entends quelqu'un, procéde à un examen, réponds comme si on t'interrogeait.

Qu'est-ce que tu as vu ?

Un beau garçon ou une belle fille ?

Applique la règle. Cela relève-t-il ou non de ma faculté de choisir ?

Non. Chasse cette pensée.

(...)

Chasse cette idée, elle ne résiste pas à l'examen; rejette-là, ce n'est rien pour toi.

(Entretiens, III, 3, 14-17.)

L'examen de conscience

Les stoïciens n'hésitent pas à emprunter à d'autres, ici au pythagorisme, mais parfois même à l'ennemi épicurien, ce qui peut soutenir la vie morale. À l'entraînement mental constant succède à la fin de la journée l'examen de conscience, sans doute d'origine pythagoricienne.

C'est ce que faisait Sextius, qui, une fois la journée écoulée, s'étant retiré pour le repos de la nuit, interrogeait son âme:

La colère cessera et se modérera, quand elle saura qu'elle doit chaque jour comparaître devant un juge.
Je fais usage de cette faculté et chaque jour je plaide ma cause auprès de moi. Quand on a retiré la lampe de notre vue et que ma femme, qui connait déjà mon habitude, s'est tue, je scrute ma journée tout entière et je mesure ce que j'ai fait et dit. (Sénèque, De ira (La colère), III, XXXVI.)

La retraite en soi
C'est en soi qu'on fait retraite, comme le remarque Marc Aurèle:

On se cherche des retraites, à la campagne, au bord de la mer, à la montagne; toi aussi tu as l'habitude d'éprouver pour cela le désir le plus fort. Cela relève pourtant de la plus grande ignorance puisqu’il est possible, à l'heure où on le veut, de se retirer en soi-même. (...)
Accorde-toi donc constamment cette retraite et renouvelle-toi. Ai des maximes brèves et élémentaires, avec lesquelles il te suffira de reprendre contact pour aussitôt voir cesser toute inquiétude et revenir au monde sans t'irriter contre ce vers quoi tu retournes. (Pensées, IV, 3, 1-3.)

La paix intérieure
C'est en soi que se trouvent la paix et l'agitation:

L'âme est comme un cuvette d'eau, et les représentations comme le rayon lumineux qui tombe sur l'eau. Quand donc l'eau est agitée, le rayon lumineux semble aussi agité, pourtant il ne l'est pas. Ce ne sont pas les arts ni les vertus qui se brouillent, mais le pneuma sur lequel ils sont. S'il retrouve son repos, ceux là aussi le retrouvent. (Epictéte, Entretiens, III, 3, 20-22).

La prière

 

 

le manuel d'Epictete

Fiche de lecture du Manuel donnée en accompagnement du texte comme auxilliaire au commentaire. La traduction utilisée est celle de Myrtos Gondica chez Mille et une nuits.
 

contexte.

Teinté de cynisme, l'enseignement de Musonius Rufus s'attache à définir et à susciter avant tout une manière de vivre. La philosophie est faite pour être mise en pratique et non pour s'anémier dans le monde clos de la culture. Totalement séduit par son maître, Epictète semble s'être attaché à le faire revivre (et à travers lui la grande figure de Diogène le Cynique) dans son propre enseignement.
Claude Chrétien, Manuel d'Epictète, pp. 45-46, Hatier, 2000.

plan analytique du Manuel.

Le manuel est construit selon les 3 domaines de la philosophie stoïcienne :

  • la physique,
  • l'éthique ,
  • la logique.

Il s'articule autour des 3 exercices spirituels :

  • discipline du désir,
  • discipline de l'impulsion,
  • discipline du jugement.

Introduction : ce qui dépend de nous. (1)

I. discipliner le désir en prenant conscience de la nature des choses.
A. 2-16. discipliner le désir dans la vie privée.
B. 17-25. discipliner le désir dans la vie sociale.
C. 26-29. l'ordre de la nature.

II. reconnaître notre devoir et passer à l'action : discipliner l'impulsion.

A. 30–32. devoirs.
B. 33–41. actions sociales.

III. discipliner le jugement. (42-45)

IV. mode de vie philosophique (46-52)

Conclusion : maximes (53)

On retrouve les préoccupations majeurs du stoïcisme. Il s'agit de tirer de la lucidité une manière de bien vivre.
La sagesse repose sur la connaissance de la nature des choses et sur la déduction logique.
La sagesse est atteinte par la pratique de la philosophie. L'absence de trouble de l'âme permet la liberté, la quiétude et la capacité de consentir à ce qui arrive. La force du stoïcien réside dans le fait qui ne se révolte pas contre ce qui arrive quand cela doit arriver.

Il ne faut pour autant confondre le stoïcisme avec le fatalisme et la passivité. Le stoïcisme ne reposer sur un laisser-aller mais sur une maîtrise complète de soi et une adhésion active à l'ordre des choses, c'est-à-dire à l'ordre de la nature, donc à l'ordre de la raison.

La philosophie des stoïciens est une philosophie pratique, pour tous, à la portée de tous qu'on soit esclave comme Epictète ou Empereur de Rome comme Marc-Aurèle. Elle donne des méthodes pour donner un sens à son existence, elle est d'une grande exigence morale.

introduction : ce qui dépend de nous, ce qui ne dépend pas de nous.

1. Parmi les choses qui existent certaines dépendent de nous, d'autres non.
Ce qui dépend de nous : en notre pouvoir, sous notre dépendance, de notre ressort.
Notion d'origine aristotélicienne qui, adaptée par Epictète, oppose nos facultés psychiques qui dépendent de nous à tous le reste : depuis notre corps jusqu'à l'ensemble du monde. Nous avons du pouvoir sur ce qui dépend de nous, nous n'avons pas de pouvoir sur ce qui ne dépend pas de nous.
Ce qui ne dépend pas de nous  : ce qui ne dépend pas de nous.
Liberté (éleuthéria) : Seules les choses qui dépendent de nous sont naturellement libres.
Le bonheur (eudaimonia) : c'est l'absence de trouble (ataraxia).

I. première partie : conformer ses désirs à l'ordre de la nature.

A. ne pas désirer ce qui n'est pas en notre pouvoir (famille et biens matériels)
2. Souviens toi que le désir est tendu vers son objet.
Désir (orexis) : sentiment à l'égard d'un objet. Inclination vers l'objet. L'aversion, c'est le désir inverse, c'est une inclination opposée à l'objet.
Connaître la nature du désir c'est maîtriser le désir.
Le désir dépend de l'objet. Si l'objet dépend de moi alors je peux le désirer sans risquer de me troubler. Si il ne dépend pas de moi, le désirer me troublera inévitablement.

3. Pour tout objet qui t'attire, te sert ou te plaît, représente toi bien ce qu'il est.
Ne pas confondre l'usage de la chose et la chose.
Ne pas confondre la valeur que je donne à la chose et la chose.
Ne pas confondre l'idée que je me fais de la chose et la chose.
Seule l'idée que je me fais de la chose m'appartient. La chose, ne m'appartient pas.

4. Quand tu te prépares à faire quoi que ce soit, représente-toi bien de quoi il s'agit.
Représentation claire de la nature de chaque activité. Lucidité quant aux obstacles éventuels.
Le choix réfléchi se rapporte aux choses qui dépendent de nous. « exercer sa liberté de choisir en accord avec sa nature. ».

5. Ce qui tourmente les hommes n'est pas la réalité mais l'opinion qu'ils s'en font.
(taraxé) : tourment, trouble. (opposé à ataraxie : absence de trouble).
Origine du trouble : opinion sur les choses.
Celui qui connaît la nature des choses se fait une opinion juste des choses. Une opinion juste ne peut pas causer de trouble parce que le juste est le vrai et parce que le vrai est naturel et la nature n'est pas trouble mais ordre.
Distinction ignorant / étudiant (celui qui progresse, philosophe) qui annonce la quatrième partie du manuel.

6. Ne te monte pas la tête là où ton mérite n'est pas en cause.
(phantasia) : image, représentation, idée que l'on se fait d'une chose sensible.
Ne pas se vanter des biens extérieurs. Les seuls biens qui nous appartiennent sont les usages que nous faisons des représentations. (les opinions à propos des choses du monde).

7. Pendant un voyage en bateau.
Comparaison de la vie avec un voyage en mer, ce qui nous est donné, peut nous être repris.

8. N'attends pas que les événements arrivent comme tu souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux. (maxime)
Influence beaucoup la philosophie.
Descartes, Discours de la méthode, 3eme partie.
Dans ce texte, Descartes met au point quelques règles de morale tirées de la méthode. Cette « morale provisoire » a pour troisième maxime : « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plus à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde. »

9. La maladie est une gêne pour le corps ; pas pour la volonté de choisir.
Rien de ce qui nous arrive (c'est-à-dire au corps) n'est une entrave pour la volonté de choisir. Notre liberté (à condition de le vouloir) est toujours intacte.

10. Devant tout ce qui arrive pense à entrer en toi-même.
Tout ce qui nous arrive est un moyen d'exercer les vertus de la sagesse : tempérance, endurance, patience.

11. Ne dis jamais à propos de rien que tu l'as perdu.
Ce qui nous a été prêté peut nous être repris.

12. Si tu veux faire des progrès, laisse tomber les réflexions du genre...
Règles pour se détacher du chagrin et de la peur en sachant ce qu'est la nature des choses.

13. Si tu veux progresser accepte de passer pour un ignorant.
Suivre sa nature plutôt que l'opinion des autres. Garder sa faculté de choisir en accord avec sa nature.

14. Si tu souhaites que tes enfants, ta femme, tes amis soient éternels, tu es un fou.
Ne pas vouloir ce qui ne peut pas être ni ce qui ne dépend pas de soi pour conserver sa liberté. Vouloir ce qui dépend des autres c'est devenir l'esclave des autres.

15. Souviens toi de te comporter comme dans un banquet.
Attitude à avoir vis à vis des enfants, femmes, richesses : les attendre, les prendre, les laisser partir sans regrets.

16. Lorsque tu vois quelqu'un se lamenter sur son fils parti en exil.
Ce qui fait souffrir ne sont pas les événements eux-mêmes mais les opinions que nous avons des événements.

B. vie sociale, ambition, pouvoir : ne pas désirer ce qui n'est pas en notre pouvoir.
17. Souviens toi que tu joues dans une pièce qu'a choisie le metteur en scène.
Le monde est un théâtre, jouer son rôle et se retirer quand il faut.
(hypocritès) : acteur, jouer un rôle.
(didaskalos) : le maître, l'instructeur, le metteur en scène.

18. Si un corbeau pousse un cri de mauvaise augure.
Ne pas se laisser impressionner par les mauvais présages.
Les présages ne sont mauvais que pour celui qui cherche à aller contre l'ordre des choses. Celui qui veut ce qui arrive n'a pas à s'inquiéter de l'avenir.
Paragraphe contre la superstition qui renvoie à la démarche épicurienne.

19. Tu peux être invaincu si jamais tu n'engages de lutte où la victoire ne dépende pas de toi.
Ne pas vouloir ce qui n'est pas en notre pouvoir : éradiquer les passions que sont : l'envie, la jalousie et l'ambition.

20. Souviens toi de ce qui te cause du tort.
Ne pas se mettre en colère contre les offenses qui n'en sont que si on les juge telles. (c'est notre opinion qui nous met en colère, or notre opinion ne dépend que de nous, donc celui qui se met en colère est responsable de sa colère.)

21. Que la mort l'exil et tout ce qui te semble redoutable soient présents à tes yeux tous les jours.
La méditation prépare à la mort. La préparation à la mort conduit au courage, le courage fait s'éloigner la lâcheté. La méditation de la mort est une œuvre de vertu. Grand thème de l'exercice spirituel (cf. Socrate, Montaigne, etc.)

22. Si ton désir te pousse à la philosophie prépare toi à être moqué.
La philosophie suppose qu'on abandonne le souci de la considération sociale et de la bonne réputation. Le philosophe c'est l'autre (tradition socratique), celui que les non philosophes ne comprennent pas. Non seulement il est étrange mais en plus il dérange parce que son existence est la preuve qu'on peut penser et être autrement. Il renvoie donc les autres à leur lâcheté, à leur mesquinerie et à leur misère.

23. S'il t'arrive un jour d'accorder du poids aux objets extérieurs...
Renoncer à l'apparence du philosophe pour l'être vraiment.
Mais il ne faut pas seulement avoir philosophe pour se montrer au-dessus des autres, il faut être philosophe. Être philosophe ce n'est pas rechercher la supériorité c'est rechercher le bonheur.

24. Ne te laisse pas décourager par les réflexions du genre : «  je vais vivre sans honneur, je suis un zéro... ».
Rapports avec la patrie et la famille, place dans la cité. Avoir la volonté d'être utile mais ne pas désirer les honneurs et ne pas se laisser accabler par l'absence de reconnaissance sociale.

25. Pour un festin, un conseil, un discours, on t'a préféré quelqu'un d'autre.
Ne pas rechercher la considération d'autrui.
Les marques de considération font l'objet d'un commerce. Ne pas s'attendre à en recevoir.

C. ordre de la nature.
26. L'expérience commune nous sert à comprendre ce que veut la nature.
Ce qui arrive par nature arrive à tout le monde. Si nous ne sommes pas affectés par ce qui arrive aux autres nous ne sommes pas affectés quand la même chose nous arrive.
Ce qui arrive par nature arrive pour les choses anodines comme pour les choses plus importantes, car toutes les choses sont de la nature, que cela soit un vase, une coupe, un cheval, un enfant, une femme.

27. Il n'y a pas de place pour le mal dans l'ordre universel.
Le mal n'est pas inscrit dans la nature comme but à atteindre. Si le mal existe c'est par l'intervention des hommes. Donc pour qu'il n'y ait pas de mal il suffit de ne pas le vouloir et de faire attention à ne pas le provoquer par inadvertance.
Le mal n'est pas naturel. Il n'y a pas de mal dans la nature.

28. Si on livrait ton corps au premier venu, tu serais indigné....
C'est la même chose en ce qui concerne l'âme.
Donc il ne faut pas livrer son âme au premier venu.
Méthode classique de comparaison âme / corps. On comprend plus facilement ce qui arrive au corps que ce qui arrive à l'âme, le raisonnement se fait par analogie. Le corps est l'analogon de l'âme.
Nécessité de l'éducation, de l'accompagnement : il faut un maître, pas de maîtrise sans maître.
Il faut confier le soin de son âme à un maître.

29. Pour tout ce que tu entreprends, examine les tenants et les aboutissants avant de passer à l'action.
(transition)
Allusion à la logique.
Ce à quoi il faut penser avant chaque acte et avant d'adopter un genre de vie. Adopter un genre de vie selon sa nature est un engagement qu'il faut assumer. Il faut être ce que l'on a à être selon sa nature et non pas jouer à être ce que l'on est en imitant ceux qu'on idolâtre parce qu'ils sont idolâtrés par d'autres.
La vie philosophique implique des sacrifice et des exercices de même à la vie d'athlète.

II. deuxième partie . L'action et le rapport à autrui : les devoirs.

A. les devoirs.
30. La plupart du temps notre conduite se mesure à l'aune de nos relations.
Les devoirs sont déterminés par la nature du rapport que nous avons à autrui.

31. Pour se conduire avec piété envers les dieux.
Notre rapport avec les dieux détermine nos devoirs. Une représentation fausse du bien ou du mal conduit à accuser les dieux de nos maux et nous rend impies.

32. Quand tu as recours à la divination, souviens-toi que, puisque tu es venu trouver le devin pour qu'il te l'apprenne que tu ignores ce qui doit arriver.
Ne pas avoir peur.
Garder toujours le sens de la raison. Ne pas trembler devant l'événement et toujours pouvoir y faire face quoi qu'il arrive : ce qui ne dépend pas de nous ne saurait être un bien ni un mal.

B. le mode de vie et les rapports sociaux.
33. Règles relatives aux rapports sociaux.

34. Quand il te vient l'envie d'un plaisir, comme pour les autres sortes de représentations, prends garde de ne pas céder à la violence.
Le plaisir ne doit pas être confondu avec le désir.
Penser au moment où le plaisir aura disparu et au déplaisir qu'engendrera ce moment.

35. Lorsque tu en arrives à la conclusion qu'il faut faire une chose, fais là et ne cherche pas à t'en cacher.
Agir en plein jour est la règle pour éprouver la validité d'une décision et la pertinence d'une action.

36. De même que les phrases : « il fait jour » et « il fait nuit »...
Allusion à la logique.
Sociabilité.

37. Si tu te lances dans une entreprise qui dépasse tes forces, non seulement tu te conduis comme un idiot, mais tu négliges d'accomplir ce qui était dans tes possibilités.
Se conformer à sa nature permet de bien faire ce que l'on peut faire. Se conformer à l'image que l'on croit que les autres devraient avoir de nous nous affaiblit. Vouloir être plus que ce que l'on peut faire nous affaiblit.
En société plus encore que seul il faut veiller à être selon sa nature.

C. Le soin de l'âme plutôt que le soin du corps.
38. Comme tu fais attention, en te promenant, à ne pas marcher sur un clou...
Faire en sorte que nos actions ne nuisent pas à notre âme.
Toujours l'analogie corps / âme. L'âme peut comme le corps être blessée, celui qui chemine sans faire attention se blesse en marchant sur un clou, on peut, de la même façon se blesser en cheminant maladroitement dans les pensées (raisonnements, représentations, jugements, etc.)
La raison bien exercer permet d'éviter le mal : prudence.

39. Le corps est pour chacun la mesure des richesses comme le pied est celle de la chaussure.
Usage des richesses et démesure (hubris).

40. Dès qu'elles ont passé quatorze ans, les hommes appellent les femmes maîtresses.
La parure des femmes, leur devoir de pudeur.
Pudeur et modestie : vertus cardinales liées à la tempérance.

41. C'est la marque d'un naturel débile que de s'attarder aux choses du corps.
Les soins du corps, s'ils sont nécessaires ne doivent pas primer sur les soins de l'âme (du jugement).
Naturel débile : inintelligence naturelle, sottise,

III. troisième partie : vertus dans le jugement sur autrui.

Discipline du jugement appliquée aux rapports avec autrui.

42. Face à quelqu'un qui te fait du tort par sa conduite ou par ses propos...
Indulgence dans le jugement d'autrui car le mal qu'on subit vient d'une erreur de jugement.
Celui qui fait du mal se fait du mal.
Origine du mal : c'est une erreur de jugement. « si elle est erronée il se fait du tort à soi-même en demeurant dans son erreur. » rejoint le « nul n'est méchant volontairement » d'Epictète, Entretien I, 29 et la tradition socratique.

43. Toute chose a deux poignées...
Comment supporter l'injustice de ton frère en se représentant ce qu'il est pour toi.

44. Il n'est pas logique de dire : « je suis plus riche que toi donc je vaux mieux que toi. »
Ne pas se flatter, ni de la richesse, ni de l'éloquence. Car ces choses ne dépendent ni de nous ni de ceux à qui on se compare.

45. Un tel se lave vite, ne dis pas qu'il se lave mal...
Ne pas confondre les représentations des objets pour se garder des erreurs de jugement. Vite est différent de mal comme beaucoup est différent de ivrogne.

IV. quatrième partie : la philosophie comme manière de vivre.

L'ignorant, l'homme en progrès, le philosophe.

46. Où que tu te trouves, ne te présente jamais comme philosophe.
On ne recherche ni les honneurs, ni la gloire, ni à passer pour savant lorsqu'on s'adonne à la philosophie. Ce que l'on recherche c'est le bonheur, la liberté.
Ne pas se servir de la philosophie pour ce qu'elle n'est pas.
Etre philosophe ce n'est pas parler de philosophie c'est vivre selon ses principes.
Le vrai philosophe n'est pas celui qui expose la philosophie, c'est celui qui la pratique.

47. Si tu te contentes de peu pour les besoins du corps ne va pas en faire parade.
Critique de la provocation cynique. Allusion à Diogène de Sinoppe (-413 ; -327).

48. Attitude et caractère de l'homme ordinaire.
(idiotè) : le vulgaire, l'ignorant, le contraire du sage. Celui qui confond l'arbre et l'ombre de l'arbre. Celui qui n'attend rien de lui-même mais des autres, du hasard ou du destin. Est condamné à être inquiet et malheureux tant son aliénation est grande.
(prokopè) : le progrès. Le progrès est ce qu'on gagne à l'exercice de la philosophie. La fin du progrès c'est la sagesse.
L'ignorant, l'homme en progrès, le philosophe.
Usage du plaisir, de l'impulsion et du jugement par le philosophe. Attitude de l'homme en progrès. Conseils pour progresser.

49. Si quelqu'un se vante de comprendre et d'expliquer les écrits de Chrysippe.
Chrysippe de Soles (-280 ; -206) philosophe stoïcien.
Le philosophe n'est pas un commentateur (grammaticos) des philosophes mais celui qui met en pratique leurs recommandations.

50. Une fois que tu t'es fixé des buts, tu dois t'y tenir comme à des lois
Ce fixer pour but de suivre les principes de la raison est comme un devoir. Ne plus les respecter est une transgression de la raison elle-même. La liberté n'est ni la passion, ni le caprice, la liberté vient du respect des buts conformes à la raison (logos), la liberté est autonomie, ce n'est pas le caprice, c'est la liberté de se donner des règles de conduite.

51. Combien de temps vas-tu encore attendre pour t'estimer digne des plus grands biens.
Il faut vivre en philosophe : le modèle socratique.
Seule la philosophie permet de progresser.
Etre adulte c'est vouloir le meilleur pour soi.
Le meilleur c'est l'absence de trouble.
L'absence de trouble n'est possible que par la pratique de la philosophie.
La vie ne dure qu'un temps, il ne faut pas reculer le moment où il faut avoir le courage de choisir le meilleur pour soi : entrer en philosophie.

52. Le premier domaine de la philosophie et le plus indispensable est la mise en pratique des principes comme, par exemple, l'interdiction de mentir.
Mise en pratique des principes. Les principes de la philosophie sont des principes d'action.

conclusion

Le modèle stoïcien et le modèle socratique.

53. conformité d'avec l'ordre des choses, absence de crainte de la mort.
Epictète termine le manuel par quatre citations qui renvoient pour une d'entre elles à la tradition stoïcienne, les trois autres renvoient à la tradition classique donc clairement au socratisme.
Cette conclusion sur l'acceptation de l'ordre du monde et la médiation de la mort est très pratique, il s'agit de méditer des exemples pour régler son existence sur l'existence de ceux qui ont bien vécu.
C'est une manière de tétrapharmakon stoïcien.

a. vers de Cléanthe d'Assos, successeur de Zénon de Cittium à la tête du portique. C'est Chrysippe qui succède à Cléanthe.
La conformité de la volonté à l'ordre de la nature. L'homme n'est pas le maître du monde, il ne peut-être que le maître de lui-même et cette maîtrise le conduit à trouver sa place dans un monde qu'il n'a pas voulu et qu'il ne commande pas. Une des spécificités de la philosophie hellénistique.

b. extrait d'une tragédie perdue d'Euripide.
La conscience de la mort comme exercice spirituel. Savoir qu'on va mourir permet de bien mourir et donc de bien vivre. La sagesse est de ne jamais oublier la mort, la mort nous distingue des dieux.

c. Criton 43d, Platon (sur la mort de Socrate).
Sur l'acceptation de ce qui arrive. Socrate meurt sereinement parce qu'il accepte l'ordre des choses. La peine de ses amis et une erreur d'appréciation, celui qui a de la peine se fait souffrir et s'il souffre c'est qu'il veut que ce qui arrive n'arrive pas, or personne ne peut empêcher ce qui arrive d'arriver.

d. Apologie de Socrate, 30c, Platon (sur la mort de Socrate).
La mort n'est pas un mal.