questions d'éthique

0080-Epictete- La veille

[edit] Selon Foucault

C'est dans Épictète que l'on trouve le meilleur exemple de moyen terme. Épictète entend surveiller sans cesse les représentations -une technique qui trouvera son apogée avec Freud. Deux métaphores sont, pour lui, importantes : celle du veilleur de nuit, qui ne laisse entrer personne dans la ville s'il ne peut prouver son identité (nous devons, à l'égard du flot de nos pensées, adopter l'attitude du veilleur de nuit) **, et celle du changeur d'argent, qui vérifie l'authenticité de la monnaie, l'examine, la soupèse, s'assure de sa valeur. Nous devons être les argyronomes de nos représentations, de nos pensées, les testant avec vigilance, vérifiant leur métal, leur poids, leur effigie ***.

Cette métaphore du changeur d'argent, nous la retrouvons chez les stoïciens et dans la littérature chrétienne primitive, mais dotée de significations différentes. Adopter l'attitude du changeur d'argent, pour Épictète, signifie que, dès qu'une idée se présente à notre esprit, nous devons réfléchir aux règles qui nous permettent de l'évaluer. Pour Jean Cassien, cependant, être un changeur d'argent et examiner ses pensées signifie tout autre chose : il s'agit d'essayer de déterminer si, à l'origine du mouvement qui suscite les représentations, il n'y a pas la concupiscence ou le désir -si notre pensée innocente n'a pas d'origines coupables, s'il n'y a pas, en sous-main, quelque chose qui est le grand séducteur, qui est peut-être invisible, l'argent de notre pensée ****.

Épictète définit deux types d'exercices : les exercices sophistiques et les exercices éthiques. La première catégorie se compose d'exercices empruntés à l'école : c'est le jeu des questions et des réponses. Ce doit être un jeu éthique, c'est-à-dire quelque chose qui débouche sur un enseignement moral *****.