questions d'éthique

1980-L'interpertation des rêves

[edit] Selon Foucault

Outre les lettres, l'examen et l'askêsis, il existe une quatrième technique d'examen de soi qu'il nous faut, à présent, évoquer : l'interprétation des rêves. C'est une technique qui, au XIXe siècle, allait connaître un destin important, mais, dans l'Antiquité, la position qu'elle occupe est assez marginale. Les philosophes de l'Antiquité ont, à l'égard de l'interprétation des rêves, une attitude ambivalente. La plupart des stoïciens se montrent sceptiques et critiques envers la chose. Il reste que l'interprétation des rêves est une pratique générale et populaire. Il y a, d'un côté, les experts capables d'interpréter les rêves -parmi lesquels on peut citer Pythagore et certains philosophes stoïciens -et, de l'autre, les spécialistes qui écrivent des livres afin d'enseigner aux gens la manière d'interpréter leurs rêves. Les écrits sur ce sujet sont légion, mais le seul manuel d'onirocritique qui nous reste, dans son intégralité, est la Clef des songes d'Artémidore (lie siècle après Jésus-Christ) **. L'interprétation des rêves est importante, dans l'Antiquité, parce que c'est à travers la signification d'un rêve que l'on peut lire l'annonce d'un événement futur.

Je dois mentionner deux autres documents qui révèlent l'importance de l'interprétation des rêves dans la vie quotidienne. Le premier est de Synésius de Cyrène et date du IVe siècle de notre ère ***. Synésius était un homme connu et cultivé. Bien qu'il ne fût pas chrétien, il avait demandé à devenir évêque. Ses remarques sur les rêves sont intéressantes, d'autant que la divination publique était interdite, afin d'épargner à l'empereur de mauvaises nouvelles. * Épictète, op. cit. p. 18.

** Artémidore, La Clef des songes. Onirocriticon (trad. A.). Festugière), Paris, Vrin, 1975.

*** Synésius de Cyrène, Sur les rêves (404) in Oeuvres, trad. H. Druon, Paris,

Hachette, 1878, pp. 346-376.

Il fallait donc interpréter ses rêves soi-même, se faire l'interprète de soi-même. Pour cela, il était nécessaire de se remémorer non seulement les rêves que l'on avait faits, mais aussi les événements qui les avaient précédés et suivis. Il fallait enregistrer ce qui se passait chaque jour, que ce soit dans la vie diurne ou dans la vie nocturne.

Dans ses Discours sacrés, écrits au IIe siècle, Aelius Aristide consigne ses rêves et explique de quelle manière il convient de les interpréter *. Selon lui, nous recevons, à travers l'interprétation des rêves, des conseils des dieux quant aux remèdes susceptibles de guérir nos maladies. L'oeuvre d'Aristide nous place à la croisée de deux types de discours. Ce n'est pas le récit détaillé des activités quotidiennes du sujet qui constitue la matrice des Discours sacrés, mais la notation rituelle des louanges que le sujet adresse aux dieux qui l'ont guéri.