questions d'éthique

Exercices: l'écoute

[edit] Selon Foucault: Au sein de la philosophie stoïcienne s'instaure un nouveau jeu pédagogique, dans lequel le maître/professeur parle et le disciple écoute et garde le silence.


importance de l'écoute. Alors que Socrate interrogeait et cherchait à faire dire ce qu'on savait (sans savoir qu'on le savait), le disciple pour les stoïciens, ou les épicuriens (comme dans les sectes pythagoriciennes), doit d'abord se taire et écouter. On trouve chez Plutarque, ou chez Philon d'Alexandrie, toute une réglementation de la bonne écoute (l'attitude physique à prendre, la manière de diriger son attention, la façon de retenir ce qui vient d'être dit) ;


On voit croître l'importance d'une culture du silence. Dans la culture pythagoricienne, les disciples devaient rester silencieux pendant cinq ans ; telle était la règle pédagogique. Ils ne posaient aucune question ni ne parlaient pendant la leçon, mais s'exerçaient à l'art d'écouter. C'était la condition indispensable pour acquérir la vérité. Cette tradition s'instaure à l'époque impériale, où la culture platonicienne du dialogue cède la place à une culture du silence et à l'art d'écouter.

Qui veut apprendre l'art d'écouter doit lire le traité de Plutarque sur l'art d'écouter les conférences (Peri tou akouein) *. Au début de son traité, Plutarque déclare que, une fois ses années d'école passées, l'homme doit apprendre à écouter le logos tout au long de sa vie d'adulte.

* Plutarque, Comment écouter, in Oeuvres morales (trad, R. Klaerr, A, Philippon et J. Sirinelli), Paris, Les Belles Lettres, «Collection des universités de France», 1989, t. I, 2e partie, chap. III, pp. 39-40.

L'art d'écouter est capital pour qui veut faire la part de la vérité et de la dissimulation, de la rhétorique et du mensonge dans le discours des rhétoriciens. L'écoute est liée au fait que le disciple n'est pas sous le contrôle de ses maîtres, mais dans la posture de celui qui recueille le logos. On reste silencieux pendant la conférence. On y réfléchit après coup. Ainsi se définit l'art d'écouter la voix du maître et la voix de la raison en soi.

Le conseil peut paraître banal, mais je le crois important. Dans son traité sur la Vie contemplative, Philon d'Alexandrie décrit les banquets du silence, qui n'ont rien à voir avec ces banquets de débauche où il y a du vin, des garçons, des orgies et du dialogue. Ici, c'est un professeur qui offre un monologue sur l'interprétation de la Bible et donne des indications très précises sur la manière dont il convient d'écouter (De vita cont., 77). Par exemple, il faut toujours prendre la même posture lorsqu'on écoute. La vie monastique, et plus tard la pédagogie, ont donné à cette notion une morphologie intéressante.

Dans Platon, c'est grâce au dialogue que se tissait le lien dialectique entre la contemplation de soi et le souci de soi. À l'époque impériale, deux thèmes se font jour : d'une part, le thème de l'obligation d'écouter la vérité et, d'autre part, le thème de l'examen et de l'écoute de soi comme moyen de découvrir la vérité qui se loge dans l'individu. La différence qui se marque entre les deux époques est l'un des grands signes de la disparition de la structure dialectique.