questions d'éthique

Exercices: la conscience

[edit] Entre le pôle de la meditatio où on s'exerce en pensée et celui de l'exercitatio où on s'entraîne en réalité, il y a toute une série d'autres pratiques possibles destinées à faire l'épreuve de soi-même.

C'est Épictète surtout qui en donne des exemples dans les Entretiens. Ils sont intéressants parce qu'on en retrouvera de tout proches dans la spiritualité chrétienne. Il s'agit en particulier de ce qu'on pourrait appeler le « contrôle des représentations ».

Épictète veut qu'on soit dans une attitude de surveillance permanente à l'égard des représentations qui peuvent venir à la pensée.

Cette attitude, il l'exprime dans deux métaphores : celle du gardien de nuit qui ne laisse pas entrer n'importe qui dans la ville ou dans la maison ; et celle du changeur ou du vérificateur de monnaie - l'arguronomos - qui, lorsqu'on lui présente une pièce, la regarde, la soupèse, vérifie le métal et l'effigie. Le principe qu'il faut être à l'égard de ses propres pensées comme un changeur vigilant se retrouve à peu près dans les mêmes termes chez Evagre le Pontique et chez Cassien. Mais chez ceux-ci, il s'agit de prescrire une attitude herméneutique à l'égard de soi-même : déchiffer ce qu'il peut y avoir de concupiscence dans des pensées apparemment innocentes, reconnaître celles qui viennent de Dieu et celles qui viennent du Séducteur. Chez Épictète, il s'agit d'autre chose : il faut savoir si on est ou non atteint ou ému par la chose qui est représentée et quelle raison on a de l'être ou de ne pas l'être.

Dans ce sens, Épictète recommande à ses élèves un exercice de contrôle inspiré des défis sophistiques qui étaient si prisés dans les écoles ; mais, au lieu de se lancer l'un à l'autre des questions difficiles à résoudre, on se proposera des types de situations à propos desquelles il faudra réagir : « Le fils d'un tel est mort. - Réponds :

cela ne dépend pas de nous, ce n'est pas un mal. - Le père d'un tel l'a déshérité. Que t'en semble ? - Cela ne dépend pas de nous, ce n'est pas un mal... - Il s'en est affligé. - Cela dépend de nous, c'est un mal. - Il l'a vaillamment supporté. - Cela dépend de nous, c'est un bien. »

On le voit : ce contrôle des représentations n'a pas pour objectif de déchiffer sous les apparences une vérité cachée et qui serait celle du sujet lui-même ; il trouve au contraire, dans ces représentations telles qu'elles se présentent, l'occasion de rappeler un certain nombre de principes vrais - concernant la mort, la maladie, la souffrance, la vie politique, etc. ; et, par ce rappel, on peut voir si on est capable de réagir conformément à de tels principes - s'ils sont bien devenus, selon la métaphore de Plutarque, cette voix du maître qui s'élève aussitôt que grondent les passions et qui sait les faire taire.