questions d'éthique

Exercices: les contraintes

[edit] Les exercices qui s'effectuent en réalité.

Ces exercices avaient une longue tradition derrière eux : c'étaient les pratiques d'abstinence, de privation ou de résistance physique. Ils pouvaient avoir valeur de purification, ou attester la force « démonique » de celui qui les pratiquait. Mais, dans la culture de soi, ces exercices ont un autre sens : il s'agit d'établir et de tester l'indépendance de l'individu par rapport au monde extérieur.

Deux exemples. L'un dans Plutarque, le Démon de Socrate *.

L'un des interlocuteurs évoque une pratique, dont il attribue d'ailleurs l'origine aux pythagoriciens. On se livre d'abord à des activités sportives qui ouvrent l'appétit ; puis on se place devant des tables chargées des plats les plus savoureux ; et, après les avoir contemplés, on les donne aux serviteurs tandis que soi-même on prend la nourriture simple et frugale d'un pauvre.

Sénèque, dans la lettre 18, raconte que toute la ville est en train de préparer les Saturnales. Il envisage, pour des raisons de convenance, de participer, au moins d'une certaine façon, aux fêtes. Mais sa préparation à lui consistera pendant plusieurs jours à revêtir un vêtement de bure, à dormir sur un grabat et à ne se nourrir que de pain rustique. Ce n'est pas pour mieux se mettre en appétit en vue des fêtes, c'est pour constater à la fois que la pauvreté n'est pas un mal et qu'il est tout à fait capable de la supporter. D'autres passages, chez Sénèque lui-même ou chez Épicure, évoquent l'utilité de ces courtes périodes d'épreuves volontaires. Musonius Rufus, lui aussi, recommande des stages à la campagne : on vit comme les paysans et comme eux, on s'adonne aux travaux agricoles.

* Plutarque, Le Démon de Socrate, 585 a (trad. J. Hani), in Oeuvres morales, Paris, Les Belles Lettres, « Collection des universités de France », 1980, t. VIII, p. 95.