questions d'éthique

Exercices: la méditation des maux futurs

[edit] Le plus célèbre de ces exercices de pensée était la praemeditatio malorum, méditation des maux futurs.

C'était aussi l'un des plus discutés. Les épicuriens le rejetaient, disant qu'il était inutile de souffrir par avance de maux qui n'étaient pas encore arrivés et qu'il valait mieux s'exercer à faire revenir dans la pensée le souvenir des plaisirs passés pour mieux se protéger des maux actuels. Les stoïciens stricts - comme Sénèque et Épictète -, mais aussi des hommes comme Plutarque, dont l'attitude à l'égard du stoïcisme est très ambivalente, pratiquent avec beaucoup d'application la praemeditatio malorum. Il faut bien comprendre en quoi elle consiste : en apparence, c'est une prévision sombre et pessimiste de l'avenir. En fait, c'est tout autre chose.

- D'abord, il ne s'agit pas de se représenter l'avenir tel qu'il a des chances de se produire. Mais, de façon très systématique, d'imaginer le pire qui puisse se produire, même s'il a très peu de chances d'arriver. Sénèque le dit à propos de l'incendie qui avait détruit toute la ville de Lyon : cet exemple doit nous apprendre à considérer le pire comme toujours certain.

- Ensuite, il ne faut pas envisager ces choses comme pouvant se produire dans un avenir plus ou moins lointain, mais se les représenter comme déjà actuelles, déjà en train de se réaliser. Imaginons, par exemple, que nous sommes déjà exilés, déjà soumis au supplice.

- Enfin, si on se les représente dans leur actualité, ce n'est pas pour vivre par anticipation les souffrances ou les douleurs qu'ils nous causeraient, mais pour nous convaincre que ce ne sont en aucune façon des maux réels et que seule l'opinion que nous en avons nous les fait prendre pour de véritables malheurs.

On le voit : cet exercice ne consiste pas à envisager, pour s'y accoutumer, un avenir possible de maux réels, mais à annuler à la fois et l'avenir et le mal. L'avenir : puisqu'on se le représente comme déjà donné dans une actualité extrême. Le mal : puisqu'on s'exerce à ne plus le considérer comme tel.