questions d'éthique

-0400-Platon-Alcibiade Une pédagogie

[edit] Selon Foucault

2) Une seconde grande différence concerne la pédagogie. Dans l'Alcibiade, le souci de soi s'imposait en raison des défauts de la pédagogie ; il s'agissait ou de la compléter, ou de se substituer à elle ; il s'agissait en tout cas de donner une « formation ».

A partir du moment où l'application à soi est devenue une pratique adulte qu'on doit exercer toute sa vie, son rôle pédagogique tend à s'effacer et d'autres fonctions s'affirment.
a) D'abord, une fonction critique. La pratique de soi doit permettre de se défaire de toutes les mauvaises habitudes, de toutes les opinions fausses qu'on peut recevoir de la foule, ou des mauvais maîtres, mais aussi des parents et de l'entourage. « Désapprendre » (de-discere) est l'une des tâches importantes de la culture de soi. b) Mais elle a aussi une fonction de lutte. La pratique de soi est conçue comme un combat permanent. Il ne s'agit pas simplement de former, pour l'avenir, un homme de valeur. Il faut donner à l'individu les armes et le courage qui lui permettront de se battre toute sa vie. On sait combien étaient fréquentes deux métaphores :
celle de la joute athlétique (on est dans la vie comme un lutteur qui a à se défaire de ses adversaires successifs et qui doit s'exercer même lorsqu'il ne combat pas) et celle de la guerre (il faut que l'âme soit disposée comme une armée qu'un ennemi est toujours susceptible d'assaillir).
c) Mais surtout, cette culture de soi a une fonction curative et thérapeutique. Elle est beaucoup plus proche du modèle médical que du modèle pédagogique. Il faut, bien entendu, se rappeler des faits qui sont très anciens dans la culture grecque : l'existence d'une notion comme celle de pathos, qui signifie aussi bien la passion de l'âme que la maladie du corps ; l'ampleur d'un champ métaphorique qui permet d'appliquer au corps et à l'âme des expressions comme soigner, guérir, amputer, scarifier, purger. Il faut rappeler aussi le principe familier aux épicuriens, aux cyniques et aux stoïciens que le rôle de la philosophie, c'est de guérir les maladies de l'âme. Plutarque pourra dire un jour que la philosophie et la médecine constituent mia khôra, une seule région, un seul domaine. Épictète ne voulait pas que son école soit considérée comme un simple lieu de formation, mais bien comme un « cabinet médical », un iatreion ; il voulait qu'elle soit un» dispensaire de l'âme » ; il voulait que ses élèves arrivent avec la conscience d'être des malades : « L'un, disait-il, avec une épaule démise, l'autre avec un abcès, le troisième avec une fistule, celui-là avec des maux de tête. »