questions d'éthique

0150-Grégoire de Nysse

[edit] Selon Foucault

Huit siècles plus tard, la même notion d'epimeleia heautou apparaît avec un rôle également important chez Grégoire de Nysse. Il appelle de ce terme le mouvement par lequel on renonce au mariage, on se détache de la chair et par lequel, grâce à la virginité du coeur et du corps, on retrouve l'immortalité dont on avait été déchu. Dans un autre passage du Traité de la virginité *, il fait de la parabole de la drachme perdue le modèle du souci de soi : pour une drachme perdue, il faut allumer la lampe, retourner toute la maison, en explorer tous les recoins, jusqu'à ce qu'on voie briller dans l'ombre le métal de la pièce ; de la même façon, pour retrouver l'effigie que Dieu a imprimée dans notre âme, et que le corps a recouverte de souillure, il faut « prendre soin de soi-même », allumer la lumière de la raison et explorer tous les recoins de l'âme. On le voit : l'ascétisme chrétien, comme la philosophie ancienne, se place sous le signe du souci de soi et fait de l'obligation d'avoir à se connaître l'un des éléments de cette préoccupation essentielle.

* Grégoire de Nysse, Traité de la virginité (trad. Michel Aubineau), Paris, Éd. du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », no 119, 1966, pp. 411-417 et 422-431.